Guide pour une pelouse écologique

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Guide pour une pelouse écologique 

 

 

 

 

Le printemps est officiellement arrivé ! Et avec lui, c’est la nature qui reprend ses droits. Il va être temps de retourner au jardin et d’entretenir son gazon. L’occasion de rappeler quelques conseils pour une pelouse écologique qui respecte la biodiversité.

 

"Bon d'accord, pelouse écologique, c'est facile à dire, je fais quoi ? Je la laisse pousser, je mets des chèvres dans mon jardin, ils sont marrants ....."

 

D'accord, ce n'est pas si simple mais si vous avez envie d'affirmer votre bio- attitude, la pelouse est un bon moyen. D'autant qu'au delà des aspects techniques, une pelouse "nickel" revêt une dimension culturelle dont il n'est pas si facile de se débarrasser. C'est même encore un objet de fierté et attendez-vous donc à subir le quand-dira-t-on ou les risées de vos voisins, et même peut être des réactions agressives de monsieur Petite-pelouse-gros-tracteur.

 

 

 

Quelle tondeuse utiliser pour une pelouse écologique ?

 

Les tondeuses à gazon traditionnelles sont nocives pour l’environnement, il faut donc limiter leur utilisation au strict nécessaire. Il est toutefois possible d’opter pour des méthodes de tonte plus respectueuses de l’environnement. Si vous avez l’âme d’un sportif, vous pouvez vous tourner vers une tondeuse manuelle. Idéale pour les petites et moyennes surfaces, elle le sera beaucoup moins si vous avez l’équivalent d’un terrain de golf en guise de jardin, je vous l’accorde.

 

Utilisez, si possible, une tondeuse à gazon manuelle.

Ceci vous paraîtra peut être d'un autre âge, mais si vous disposez d'une surface de gazon inférieure à 600 m² c'est un must, jusqu'à 1000 - 1500 m² c'est faisable. Vous ne polluez pas, vous ne vous asphyxiez pas, vous ne respirez pas de vapeurs d'essence (transport, remplissage), vous ne dérangez pas les voisins par le bruit, vous ménagez vos facultés auditives, vous faites des économies, vous faites de l'exercice, et en prime c'est amusant.

Sans compter la douce odeur de l'herbe fraîchement coupée. La tondeuse à gazon manuelle vous permet aussi de créer des motifs dans votre gazon en taillant plus ou moins haut ici ou là. Vous pouvez aussi laisser des parties sauvages, créer des allées sinueuses, des recoins secrets pour les amoureux, faire un labyrinthe pour les enfants. Le plus dur c'est de trouver la bonne tondeuse avec une largeur de coupe suffisante (45cm, voire plus).

Au delà de 1000 m² c'est une question de forme physique ou de détermination. à moins que vous ayez des enfants ados, et dans ce cas, une bonne répartition des tâches dans le genre "8 en math tu tonds la moitié de la pelouse"  est chaudement recommandée. 

 

 

Pour les grandes surfaces

 

En ce qui concerne les grandes et très grandes surfaces rien ne vaut la tondeuse à quatre pattes, quitte à vous ménager un petit espace de gazon tondu mécaniquement. La chèvre ou l'âne, bien que de très bonne compagnie, ont le défaut de s'attaquer à l'écorce des arbres. Les moutons sont un peu plus sages, mais demandent un soin particulier. Le mieux, de toute évidence, ce sont les petits chevaux dont certaines races très rustiques peuvent servir à la traction, restent au pré toute l'année, et amusent les enfants. Vous participez en outre à la préservation des espèces d'un animal fort attachant. Notez tout de même que ces bestioles arrachent plutôt l'herbe qu'elle ne la coupe, mais après tout, les prairies des agriculteurs ne s'en portent pas si mal.

 La tondeuse électrique, qui n’émet pas de gaz nocifs, est également une alternative. Et le fil me direz-vous, il est gênant ce fil d’alimentation ! Certes, vous répondrai-je mais il existe maintenant des tondeuses équipées de batteries ! Plus d’excuses donc, pour ne pas y passer ! 

 

La tonte motorisée détruit à 90% de la vie qui se niche entre les brins d’herbe (insectes, escargots, lézards, musaraignes). Quelques mesures permettent d’épargner cette vie : commencez par le milieu pour permettre à la petite faune de s’échapper sur les côtés ; évitez les périodes froides : les petits animaux à sang froid se déplacent lentement (lézards, insectes, orvets, batraciens…). Tondez plutôt en milieu de journée.

 

 

 

Réutilisez vos déchets de tonte :

 

Trois solutions :

  • Vous pouvez utiliser une tondeuse mulcheuse qui va broyer finement l’herbe et la rejeter entre les brins de gazon, où elle va se décomposer et enrichir la terre ;
  • Ou remplir le bac à compost avec l’herbe coupée mélanger à des débris de taille d’arbustes ;
  • Enfin, l’herbe coupée peut servir à pailler les massifs ou le pied des haies. Dans ce cas seulement, laissez-la sécher un peu deux ou trois jours et n’épandez que des couches fines (5 cm maximum).

 

 

 

Une pelouse écologique ne doit pas être trop courte !

 

Pour préserver la biodiversité de votre jardin ou encore favoriser la pollinisation, on ne coupe pas la pelouse à ras. Il est recommandé de laisser entre 6 et 12 cm de hauteur pour une pelouse en pleine santé. De plus, cela évitera également que la pelouse ne s’assèche trop vite au moment des grandes chaleurs. 

 

La coupe

Ne taillez pas votre pelouse trop rase. L'idéal, se situe autour de 8 à 12 cm, soit probablement 2 à 4 cm au dessus de votre coupe actuelle. Une herbe rase favorise les plantes basses comme le pissenlit, le plantain, la porcelle qui prendront vite le dessus sur les graminées. Vérifiez au moment de l'achat que la hauteur de coupe de votre tondeuse le permet (vous pouvez aussi modifier les roues).

Au début du printemps, laissez monter l'herbe de manière à profitez des fleurs, qui se ressèmeront d'elles même pour les années suivantes, et attireront abeilles, bourdons et autres insectes qui sont vos alliés dans l'entretien de votre écosystème. Le risque c'est d'obtenir alors une herbe trop touffue, difficile à tondre (surtout à la tondeuse manuelle). La présence dans votre petite prairie de plantes basses (du petit trèfle blanc par exemple) vous évitera cela ; ensuite tondre avec des lames affûtées.

En cas de forte chaleur il est préférable d'espacer les tontes. Une lame affûtée coupe les tiges, une lame émoussées, les déchiquette, rendant le repousse plus difficile et la plante vulnérable (le bout des tiges devient plucheux et jaune). Quant à la périodicité de la coupe, les professionnels recommandent de ne jamais couper plus du tiers de la plante. La principale raison est physique : au-delà la plante a tendance à se coucher lors de la tonde. Mais si vous vous faites une petite prairie, avec des plantes basses, des herbes folles, des milliers de fleurs, ce sera tellement beau que vous n'aurez plus envie de tondre. A l'extrême limite vous retrouvez l'usage de la faux. Mais là c'est une toute autre paire de manche.

 

 

Ta pelouse écologique tu n'arroseras point !

 

On est d’accord qu’une pelouse grillée en été ce n’est pas le top. Mais est-il réellement nécessaire de gaspiller les ressources en eau pour un petit coin d’herbe verte ? Entretenir une pelouse écologique, c’est aussi savoir simplement la laisser vivre, la laisser passer par ce cycle de sécheresse en attendant les prochaines pluies.

 

La pelouse est un milieu vivant : elle évolue au cours des saisons et c’est normal. Dans la nature, les graminées qui la composent se mettent en repos végétatif en été. Elles jaunissent mais ne meurent pas. Elles reverdissent à la première pluie de septembre. Un gazon jaune en été n’est donc pas une aberration esthétique. C’est bien sûr moins beau, il faut le reconnaître, mais cela économise tout de même beaucoup d’eau et évite des tontes.

 

  • Les arrosages n’ont plus lieu d’être en été à partir du moment où vous acceptez de laisser jaunir votre gazon. En revanche, s’il fait sec entre mai et juin, vous pouvez apportez de l’eau.

 

  • Arrosez rarement mais longtemps : pas plus d’une fois par semaine plutôt qu’un peu tous les jours. La terre doit être mouillée sur 4 cm de profondeur au moins. L’eau doit pénétrer en profondeur pour que les racines se développent bien. Si les racines restent en surface, elles sont sans défense au premier coup de sec

 

 

 

Proscrivez les désherbants

 

Aucun désherbant chimique n’est écologique. Tôt ou tard, des molécules du produit se retrouvent dans les nappes phréatiques. Il faut donc arriver à supprimer ces produits. Pas question pour autant de laisser certaines herbes prendre le dessus : les chardons, par exemple, restent indésirables, et des tontes répétées n’en viennent pas à bout. Il faut les arracher manuellement. Des outils adaptés facilitent l’opération. Comme la gouge à asperge, qui permet de déloger les longues racines pivotantes.

 

Les mauvaises herbes

Il n'y a cependant pas de mauvaises herbes, seulement des herbes indésirables dans votre petite prairie, par leur propension à se développer au détriment des autres herbes. Si vous suivez la nature, autrement dit si vous n'essayer pas de lui imposer des plantes non adaptées au climat et au terrain, vous ne devriez pas avoir de souci. 15 % de ces soit-disant mauvaises herbes dans votre pelouse, ne se voient pas. Sachant que les dites mauvaises herbes sont généralement utiles à l'équilibre faune-flore, aérien et souterrain, de la pelouse.

A l'inverse, l'utilisation d'herbicides sélectifs et de pesticides empêche le développement des micro-organismes et des vers qui décomposent le chaume en nutriments et aèrent le sol. Tout se tient. Dites-vous que les prairies n'ont pas attendu les hommes pour exister. Laissez la nature vous conduire, elle se laissera volontiers apprivoiser pour s'offrir à vous dans ses plus belles parures. Dans bien des cas d'ailleurs faire une pelouse écologique consiste à laisser faire, laisser pousser, laisser venir les fleurs, intervenir le moins possible. Le plus important c'est d'assumer, car on ne manquera pas de vous faire comprendre que vous êtes un peu zinzin.

 

 

 

Le sol, l'engrais

 

Si vous avez pris le soin de choisir des plantes adaptées à votre région, vous n'avez pas besoin d'amendement pour corriger la composition du sol, ni d'engrais de synthèse. Pour un gazon traditionnel, il « Le mieux c'est d'adapter la pelouse au sol et pas l'inverse »,est préférable d'avoir un sol très légèrement acide (Ph 6,5 -7). S'il est trop acide, vous pouvez lui apporter de la craie, s'il est trop alcalin, du soufre ou du gypse. Mais le mieux c'est d'adapter la pelouse au sol et pas l'inverse, sinon c'est un puits sans fond. L'engrais le moins cher c'est le résidu de la plante elle même. Autrement dit, sauf à avoir laissé la plante monter trop haut, ne ramassez pas l'herbe coupée. Elle fane rapidement, se transforme en chaume au pied des plantes, puis en humus.

A l'inverse l'engrais peut provoquer une croissance exagérée de la plante dont il résulte plus de coupes, et une couche de chaume trop importante. En complément vous pouvez aussi utiliser votre propre compost, mélangé éventuellement à un peu de cendre (attention la cendre est alcalinisante), ou si vous habitez la campagne, du fumier. Quand un engrais est nécessaire, choisissez un engrais à libération lente pour ne pas nuire aux microorganismes du sol. L'aération du sol, souvent préconisée (avec un scarificateur), n'est pas nécessaire si le sol est bien vivant (vérifiez la présence de vers de terre après la pluie).

 

 

Faites la paix avec la mousse

 

  • Pourquoi ne pas la laisser dans les endroits les plus reculés et les plus à l’ombre ? C’est un végétal comme un autre, qui fait un joli tapis vert. Sa présence révèle un sol dense et à tendance acide. Si elle vous gêne vraiment, décompactez le sol. Plantez la fourche à bêche tous les 50 cm, faites des trous, remplissez-les de sable grossier et terreautez.

 

  • Deux fois pas an, scarifiez le sol (fin avril et en septembre), ratissez la mousse, et faites un sursemis (semis entre les brins d’herbe). Terreautez et passez le rouleau.

 

 

Prenez LA décison !

Mettez vous dans l'idée que vous ne voulez plus d'un green à l'anglaise ou d'un gazon de golf, mais d'un petit bout de prairie, autour de votre maison. Une prairie avec des dizaines de variétés d'herbes différentes et surtout des fleurs, pleins de fleurs, de toutes les saisons (paquerettes, coucous, primevères, jonquilles, violettes, coquelicots). Prenez conseil auprès des vendeurs ; il existe des mélanges tout prêts. 

 

Discutez avec les paysans locaux, surtout les éleveurs, pour identifier les graminées qui faisaient les prairies naturelles de vos arrière-grands-parents. Essayer même de semer ces grandes graminées soyeuses qui ondulent sous le vent. Et pourquoi pas quelques touffes de variétés anciennes de blé, ou de seigle, qui feront, l'été venu, de belles gerbes sèches.

Vous verrez qu'avec les fleurs, viennent les papillons, les abeilles, les bourdons, et une myriades de petits insectes qui attirent les oiseaux le jour, et les chauve-souris le soir et même les hérissons, une fois la nuit venue. Mais que de monde sur votre pelouse ! Une pelouse qui vit, qui sent bon, qui bruisse, qui change selon les saisons.

 

 

La pelouse, leçon de choses

 

 

Le retour des abeilles au jardin |Photo ddmagazine.com

 

N'est ce pas passionnant ? Avec ce regard, votre petite prairie prend l'aspect d'un véritable laboratoire écologique. Si vous avez des enfants, faites l'acquisition d'une loupe binoculaire  (grossissements 40) et observez, les herbes fraîches, le chaume, la terre, et admirez la vie qui s'y développe. Et le cas échéant faites vous une petite salade de pissenlit, de votre propre pelouse. Comparez-le  avec le parfait gazon à l'anglaise de votre voisin ; vous aurez là une merveilleuse leçon de choses et votre petit laboratoire écologique.

 

Sachez aussi qu'à certains endroits de votre jardin, sous les arbres par exemple, certaines plantes ne pousseront pas. Trouvez celles qui s'y adaptent bien, ou laissez venir, mais ne persistez pas contre nature. La mousse ou les fougères ne sont pas des intrus. Et si vous trouvez en face d'un problème difficile, une invasion de taupes par exemple, plutôt que d'empoisonner votre terre, (dont vous ferez peut être un jour, un potager) mettez vous à la place de Dame Nature, et vous aurez tôt fait de redécouvrir... le chat.

 

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